La recherche

Les essais cliniques dans le contexte du Covid-19

Jusqu’où ira la course au vaccin contre la Covid ?

Le 9 novembre, le laboratoire américain Pfizer et son partenaire allemand BioNTech annonçaient que leur candidat-vaccin BNT162b1 à ARN messager (ARNm) était « efficace à 90 % » pour prévenir les infections à Covid-19, selon un résultat intermédiaire de l’essai à grande échelle de phase 3 en cours, dernière étape avant une homologation par les agences du médicament. Le 18 novembre, les deux laboratoires déclaraient dans un communiqué de presse que la phase 3 était terminée et que les résultats définitifs faisaient état d’une efficacité à 95 % toutes tranches d’âges, genres et origines ethniques confondus, mais également chez les personnes âgées ou les plus fragiles. Une publication scientifique permettra au vaccin BNT162b2 d’être approuvé par la FDA (Food and Drug Administration) comme médicament d’urgence (Emergency Use Authorization) d’ici la troisième semaine de novembre. Une usine de production normande devrait produire des millions de doses en France dès le mois d’avril 2021.

Comment est calculé ce nombre de 95 %  ? La phase 3 de tests a intégré plus de 40 000 participants depuis le 27 juillet, dont certains ont reçu les deux doses du vaccin à 3 semaines d’intervalle, d’autres deux doses de placebo. 7 jours après la deuxième injection, donc 28 après la première, les chercheurs ont comparé le nombre de personnes tombées malades du Coronavirus dans chaque groupe, soit 8 dans le groupe “vaccin” et 162 dans le groupe “placebo”(soit 170 malades au total) : 162/170 = 95 %.

Ce vaccin consiste à injecter au patient une fraction du génome du virus, un ARN messager, intégré à une “goutte d’huile” qui permet son absorption par la cellule-cible humaine. Celle-ci devient alors “l’usine à antigène” puisqu’elle saura fabriquer la protéine S du virus, le fameux “piquant” qui est à la surface de celui-ci et constitue son arme de contamination. Démarre alors une classique réponse vaccinale, avec l’activation des lymphocytes supports de l’immunité et la production d’anticorps dirigés contre la protéine S, donc contre le virus. C’est un mode d’action complètement innovant utilisant l’ARNm du virus, qui a pour caractéristique de ne pas pouvoir s’intégrer à l’ADN humain.

Certes cette annonce fracassante a constitué un réel espoir, preuve en est l’envolée de la Bourse qui en a suivi ! Mais cet effet d’annonce, en lien avec des enjeux politico-financiers, suscite aussi de nombreuses questions : quelle est la valeur de ce résultat tant qu’il n’a pas été validé par d’autres chercheurs dans une revue scientifique prestigieuse ? Combien de temps va durer la protection et faudra-t-il se faire vacciner régulièrement ? Quels seraient les effets indésirables à long terme de ce vaccin ? Quand sera-t-il commercialisé et quelle sera sa disponibilité ? Qui sera prioritaire pour le recevoir ? Sa diffusion ne sera-t-elle pas freinée par une contrainte technique de taille : la nécessité de le transporter et de le stocker à -70° ?

 

De nombreux candidats-vaccins

Plus de 200 candidats-vaccins sont en cours d’évaluation dans le monde dont 48 sur l’homme et une dizaine en phase 3, cette ultime phase qui correspond à des tests à grande échelle effectués sur des dizaines de milliers de volontaires sur plusieurs continents. Ces derniers mettent le turbo en voyant la ligne d’arrivée !

Parmi eux, un autre vaccin à ARN messager, le vaccin mRNA-1273 de la start-up américaine Moderna, concurrent direct de celui de Pfizer/BioNTech qui, le 16 novembre, annonce une efficacité à 94,5 % pour ses résultats intermédiaires de phase 3 : il a été testé sur 30 000 participants aux Etats-Unis, dont 42 % font partie de populations à risques (personnes âgées de plus de 65 ans ou présentant un facteur de risque). La moitié d’entre eux a reçu deux doses de vaccin à 28 jours d’intervalle, l’autre deux doses de placebo, sans que ni les uns ni les autres ne sachent à quel “bras” de l’expérience ils appartenaient. 90 volontaires ont attrapé la Covid dans le groupe placebo contre 5 dans le groupe des vaccinés. Tous les cas sévères (11 personnes) ont été observés dans le groupe placebo. Le PDG français Stéphane Bancel précise de plus que son vaccin a un avantage de poids face à son concurrent de chez Pfizer : il se conserve pendant six mois à − 20 °C, soit la température d’un congélateur standard, 30 jours dans un réfrigérateur (2 à 8°C) et 12 heures à température ambiante, ce qui devrait faciliter sa distribution en pharmacie et dans les cabinets médicaux.

D’autres candidats-vaccins utilisent comme vecteur un adénovirus, un virus de rhume, pour faire pénétrer un morceau de génome du coronavirus dans la cellule humaine et la transformer également en cellule-usine à antigène. C’est le cas du vaccin ChAdOx1, développé par l’université d’Oxford et le laboratoire suédo-britannique AstraZeneca, l’un des vaccins les plus avancés. Comme le vaccin Ad26.COV2.S du laboratoire Janssen (filiale européenne du laboratoire américain Johnson and Johnson), l’étude de phase 3 avait subi des interruptions liées à la survenue de « maladies potentiellement inexpliquées » mais le processus a repris son cours. Le 23 novembre, le laboratoire AstraZeneca et l’université d’Oxford ont présenté leurs résultats préliminaires qui portent sur 20 000 personnes dans le monde, parmi lesquelles 131 ont déclaré la Covid-19, réparties entre le groupe des vaccinés et le groupe contrôle, pour une efficacité évaluée à 70 %, et même à près de 90 % pour le schéma à deux injections, dont la première est demi-dose de la seconde. C’est significativement moins performant que les vaccins à ARNm de Pfizer et Moderna, mais largement plus que le seuil de 50 % fixé par la FDA, l’autorité sanitaire américaine. Outre son efficacité observée chez les plus de 70 ans et son stockage facile au réfrigérateur à + 4°C, ce vaccin européen aurait comme avantage de poids son prix : moins de 5 dollars la dose.

Le 11 novembre, la Russie a confirmé une efficacité de 92 % pour son vaccin Sputnik V selon les données intermédiaires de phase 3 recueillies sur 20 cas de Covid.  Cette étude a été menée sur plus de 16 000 volontaires qui ont reçu soit une première dose du vaccin, soit du placebo.

Le candidat-vaccin CoronaVac du laboratoire chinois Sinovac, basé sur le principe du vaccin entier inactivé, interrompu du 9 au 11 novembre pour cause de décès d’un participant au Brésil, a repris après que la thèse du suicide ait été retenue.

Enfin le duo franco-britannique Sanofi-GSK, avec son candidat-vaccin du type “protéine recombinante”, comme celui de la grippe, accuse un retard par rapport à ses concurrents puisqu’il espère un passage en phase 3 à la fin 2020. Néanmoins, le PDG de Sanofi France a annoncé le 15 novembre que ce vaccin aura pour caractéristique intéressante sa conservation à + 4°C, au réfrigérateur. Il a précisé que Sanofi prendrait le risque de lancer la production en même temps que le passage en phase 3, de manière à pouvoir commencer la distribution en juin 2021, si les essais sont concluants.

Le 14 novembre, Guido Rasi, directeur de l’agence européenne des médicaments (EMA) qui a pour mission de contrôler les médicaments dans l’union européenne et d’autoriser leur commercialisation dans les 27 pays, a déclaré qu’il prévoit de donner son avis favorable à un premier vaccin contre le nouveau coronavirus d’ici la fin de l’année en vue d’une distribution à partir de janvier. L’EMA, qui table sur six ou sept vaccins différents à disposition en 2021, a reçu les premières données cliniques de Pfizer pour son vaccin. « Nous avons reçu d’AstraZeneca les données précliniques, celles des essais sur les animaux qui sont déjà en cours d’évaluation et enfin, nous avons eu plusieurs discussions avec Moderna ». En mettant un vaccin sur le marché en janvier, ses premiers effets sur la propagation du virus « seront visibles dans cinq à six mois, essentiellement l’été prochain »« Il est évident qu’il ne sera pas possible de vacciner tout le monde, mais nous commencerons par les catégories les plus exposées, comme les personnes âgées et les travailleurs de la santé, ce qui commencera à bloquer les ponts de transmission ». Il faudra vacciner plus de la moitié de la population européenne pour « pouvoir assister à un déclin de la pandémie », ce qui nécessitera « au moins 500 millions de doses en Europe ».

À ce jour beaucoup d’espoirs donc, mais une question qui domine les autres :  face à un développement aussi rapide, quelle va être la confiance de la population dans la vaccination contre la Covid, et donc son efficacité ?

 

Date : 23/11/20

Source : Pfizer, mesvaccins.net, Infovac, FranceInter, 20minutes.frLeMonde.fr, fr.sputniknews.com, industriepharma.fr, lefigaro.fr

Infographie : leparisien.fr 9 novembre 2020

Plus de 200 candidats-vaccins contre la Covid-19

Découvrez sous forme d’infographie originale tous les projets de vaccins référencés par l’OMS. 

Déplacez la souris pour découvrir le laboratoire concerné, le type de vaccin et sa phase de développement.

Pour aller plus loin, cliquez sur la flèche noire.

Source : https://public.flourish.studio/story/626423/

Point d’information de l’ANSM du 22 octobre  2020

Suspension des inclusions en France dans les essais clinique évaluant l’anakinra dans la prise en charge de la Covid-19

Point d’information de l’ANSM  du 22 octobre 2020

Suspension des inclusions en France dans les essais clinique évaluant l’anakinra dans la prise en charge de la Covid-19

Vous pouvez télécharger le communiqué ici

Des résultats encourageants pour le tocilizumab dans les formes graves de Covid-19

AP-HP – confirmation des premiers résultats de l’essai CORIMUNO-TOCI-1 : le tocilizumab limite l’aggravation et la nécessité de transfert en réanimation des patients atteints de pneumonie COVID-19 modérée à sévère

Communiqué de presse de l’AP-HP publié le 20 octobre 2020

Résultats définitifs de l’essai randomisé contrôlé ouvert CORIMUNO-TOCI-1 publiés dans la revue JAMA Internal Medicine le 20 octobre 2020 (lien vers la publication).

Chez certains patients avec pneumonie COVID-19, un état hyperinflammatoire d’origine immunologique contribue à l’insuffisance respiratoire aigüe et au décès. La plateforme CORIMUNO-19 a été rapidement mise en place pour permettre de tester l’efficacité et la tolérance de divers médicaments immuno-modulateurs chez les patients adultes avec infection COVID-19 modérée à sévère, grâce à une série d’essais randomisés contrôlés multicentriques, qui ont débuté le 27 mars 2020.

Le tocilizumab est un anticorps monoclonal qui bloque le récepteur de la cytokine interleukine-6. Les résultats définitifs de l’essai randomisé contrôlé ouvert multicentrique du tocilizumab, sont publiés après revue par des pairs le 20 octobre 2020 dans la revue JAMA Internal Medicine .

Les résultats définitifs de cet essai confirment les résultats préliminaires communiqués le 27 avril 2020. Ils devraient être corroborés de manière indépendante par des essais supplémentaires.

Les patients inclus étaient hospitalisés pour pneumonie COVID-19 modérée à sévère, nécessitant au moins 3 L/mn d’oxygène mais sans recours à la réanimation au moment de leur admission.

Le critère de jugement primaire sur lequel s’est appuyée l’analyse pour juger de l’efficacité du traitement était la combinaison du besoin de ventilation (mécanique ou non invasive) ou du décès à J+14.(1)

Au total, 130 patients d’âge médian 64 ans ont été inclus dans cet essai clinique randomisé ouvert : 67 pour le traitement usuel et 63 pour le tocilizumab associé au traitement usuel.

A l’inclusion les besoins médians en oxygène étaient de 5L/mn. La proportion de patients ayant nécessité une ventilation non invasive, une intubation ou décédés au 14ème jour était de 36 % avec les soins usuels et de 24 % avec le tocilizumab.

Aucune différence de mortalité à 28 jours n’a été constatée entre les deux bras (11.1% et 11.9%), respectivement.

Ainsi, au 14ème jour, le risque de mourir ou d’avoir recours à la ventilation non invasive ou mécanique a été diminué de 33% dans le groupe traité par le tocilizumab.

La proportion de patients ayant dû être transférés en réanimation a été diminuée de moitié dans le bras tocilizumab (18%) comparativement au bras traitement usuel (36%). Le pourcentage de patients ayant quitté l’hôpital au jour 28 était plus importante dans le groupe tocilizumab que dans le groupe traitement usuel : 83% versus 73%.

Enfin, le tocilizumab n’a pas entraîné plus d’effets indésirables que le traitement usuel.

Plusieurs essais CORIMUNO testant d’autres immunomodulateurs, sont en cours d’analyse et la combinaison du tocilizumab à la dexamethasone est testée dans un autre protocole de CORIMUNO.

Cet essai multicentrique a été conduit par la collaboration de recherche académique COVID-19 Assistance Publique-Hôpitaux de Paris/Université Paris-Saclay/Université de Paris/INSERM-REACTing.

(1) La ventilation non invasive regroupe l’ensemble des techniques d’assistance ventilatoire, en l’absence de dispositif endo-trachéal, donc sans intubation ou trachéotomie.

Date : 29/10/20

Source : Communiqué de presse publié le 20/10/2020 “AP-HP – confirmation des premiers résultats de l’essai CORIMUNO-TOCI-1 : Le tocilizumab limite l’aggravation et la nécessité de transfert en réanimation des patients atteints de pneumonie COVID-19 modérée à sévère”

Communiqué de France Assos Santé du 16 avril 2020

Les essais cliniques dans le contexte de la crise sanitaire liée à la Covid-19

Communiqué de France Assos Santé du 16 avril 2020

Les essais cliniques dans le contexte de la crise sanitaire liée à la Covid-19

Vous pouvez télécharger le communiqué ici