RIC & Covid-19

Ce qu’il faut savoir

Faites-vous vacciner contre la grippe !

Chaque année, l’AFPric vous incite vivement à vous faire vacciner contre la grippe car le risque d’infection pour les patients atteints d’une maladie auto-immune ou inflammatoire et traités par immunomodulateurs est augmenté. Cette année plus que jamais, dans ce contexte particulier de pandémie de Covid-19, cette vaccination est essentielle ! En effet, d’une part la grippe peut être grave et conduire à une hospitalisation alors que les hôpitaux sont déjà sous tension, et d’autre part nous ne savons pas quels pourraient être les effets d’une contamination à la fois par le virus de la grippe et par celui de la Covid-19. Enfin, les symptômes de la grippe et de la Covid-19 pouvant être proches, la vaccination contre la grippe pourrait faciliter l’orientation vers un diagnostic de Covid le cas échéant.

En tant que patient à risque, vous avez normalement reçu votre bon de prise en charge et vous pouvez dès à présent récupérer le vaccin chez votre pharmacien, alors que la population générale n’y aura accès qu’à partir du 1er décembre. Si vous n’avez pas reçu ce bon, votre pharmacien, médecin traitant ou rhumatologue pourra vous en éditer un. Vous pouvez ensuite vous faire vacciner par le professionnel de votre choix (médecin, infirmière, pharmacien habilité). 

En période de confinement, vous pouvez tout à fait vous rendre à la pharmacie ou chez un professionnel de santé en remplissant une attestation pour motif médical. N’attendez pas, faites-vous vacciner dès que possible car il faut compter environ 15 jours entre l’injection et le moment où vous êtes effectivement protégé. Par ailleurs, les anticorps persistent entre 6 et 9 mois minimum, vous serez donc protégé durant toute la période d’épidémie de grippe. 

À noter : il n’est pas nécessaire de respecter un délai entre le vaccin et son traitement pour son rhumatisme inflammatoire chronique, que ce soit une corticothérapie, un traitement de fond conventionnel, un biomédicament ou un inhibiteur de JAK, mais certains rhumatologues préconisent d’arrêter le méthotrexate durant une à deux semaines suivant la vaccination antigrippale, afin d’obtenir une meilleure réponse au vaccin.

Si vous hésitez encore, sachez que s’il est vrai que l’efficacité du vaccin n’est pas totale, il protège des formes graves : si, malgré le vaccin, vous contractez la grippe, votre risque de complications est bien moindre que si vous n’étiez pas vacciné.

À ce jour, le monde entier est en attente d’un vaccin contre la Covid-19 et les patients atteints de rhumatismes inflammatoires chroniques traités par immunomodulateurs seront prioritaires pour recevoir ce vaccin. En attendant, il est essentiel de vous protéger en respectant scrupuleusement et en toutes circonstances les gestes barrières (qui sont efficaces contre la grippe ET contre la Covid-19) et en vous faisant vacciner contre la grippe dès maintenant.

Date : 30/10/20

Pour aller + loin : “Prévenir la grippe : la vaccination et les gestes barrières” 

"Rhumatismes inflammatoires chroniques et Covid-19 : que sait-on ?" : conférence du Pr Xavier Mariette, rhumatologue à l'Hôpital Bicêtre - 13/10/20

"RIC et Covid-19 : après les inquiétudes de la première vague, des données rassurantes" : interview du Pr Yannick Allanore, rhumatologue à l’hôpital Cochin, Paris

Les nombreux messages médiatiques contradictoires pendant le confinement ont pu effrayer certains malades atteints de rhumatismes inflammatoires chroniques et les conduire à arrêter d’eux-mêmes leurs traitements, reporter leurs consultations ou leurs examens de suivi… De votre côté, en tant que professionnel de santé, l’avez-vous constaté ?

Au moment de la première vague de l’infection à Covid-19, il y a eu une grande inquiétude chez les malades ayant un rhumatisme inflammatoire chronique, qui vient je pense en partie des messages que nous leur avions fait passer, notamment celui du risque infectieux chez les malades recevant des biothérapies. Cette inquiétude a été amplifiée lorsque le ministère a fait circuler une liste de circonstances qui identifiaient les patients à risques, dans laquelle étaient inclus les traitements par biothérapies et immunothérapies, même s’il y avait une petite précision qui était « biothérapies immunosuppressives ». C’était le libellé exact des messages du ministère, qui identifiait ces traitements comme pouvant favoriser un sur-risque infectieux, de gravité plus importante. C’est donc une première chose : l’inquiétude par rapport aux traitements en cours.

La deuxième inquiétude a été pour les malades qui reçoivent leurs traitements sous forme de perfusion à l’hôpital, qui ont pu se dire que c’était un “foyer Covid”. Ils ont pu être un peu réticents à venir sur place, avec les différentes étapes successives que cela comporte et le risque de contacts avec des professionnels de santé ou des patients infectés.

Enfin, beaucoup de nos patients sont aujourd’hui en rémission prolongée grâce à leur prise en charge et ils ont pu se dire que s’il y avait un risque à l’hôpital et que par ailleurs leur maladie était bien contrôlée, ils pouvaient différer leurs soins pendant quelques temps.

Dans la réalité, les patients, malades chroniques, qui avaient des questions brulantes ou un état clinique qui n’était pas stable, ont pris les devants et nous ont contactés parce qu’ils nous connaissent, ils connaissent les correspondants, les consultations, ils savent communiquer. Nous-mêmes, nous avons été pro actifs et nous avons contacté les malades. Des systèmes de téléconsultations ont été déployés et, au fur et à mesure, nous avons repris contact avec nos patients, en appelant ceux qui auraient dû venir sur site, ceux qui ne s’étaient pas présentés en hôpital de jour ou dans les consultations antérieures, au moment où l’activité a été la plus tendue et la plus réduite à l’hôpital.

Grâce à la rémission prolongée durable pour beaucoup, à un contact qui ne s’est pas interrompu très longtemps et au bon partenariat qu’on a avec les patients, je n’ai pas l’impression qu’il y ait eu beaucoup de pertes de chances pour nos malades souffrant de rhumatismes inflammatoires chroniques. Nous n’avons pas eu beaucoup de patients pour lesquels, lorsque nous les avons revus juste avant l’été ou pendant l’été, nous ayons identifié des grandes poussées ou des complications qui seraient passées inaperçues. La situation a été plus délicate pour les nouveaux patients, ceux qui ont déclaré une maladie lors du premier semestre 2020, car leur accès aux différentes structures était plus compliqué et leur évaluation en télé-activité est imparfaite.

Alors que la situation n’est pas encore sur le point de rentrer dans l’ordre, quel(s) message(s) faire passer aux malades ?

Je pense qu’il faut bien faire passer le message que les données que nous avons maintenant sont très rassurantes : il n’y a pas de sur-risque d’infection, ni de sur-risque de gravité, chez les malades ayant un rhumatisme inflammatoire chronique quel que soit le traitement qu’ils prennent.

D’une part, la population à risque d’infection grave à Covid-19 est plutôt masculine, âgée de plus de 65 ans, avec un surpoids et des comorbidités cardiovasculaires avérées, ce qui n’est pas le profil type des patients souffrant de rhumatismes inflammatoires chroniques.

D’autre part, parmi les biothérapies que nous utilisons en rhumatologie inflammatoire, nous n’en avons pas identifiées qui soit réellement avec un sur-risque de forme plus grave d’infection à Covid-19. Au contraire, le seul traitement qui a démontré une certaine efficacité au début c’est la corticothérapie et aujourd’hui quelques biothérapies, avec probablement le tocilizumab. Donc si ces médicaments étaient très dangereux dans le contexte Covid-19, ils ne démontreraient pas leur efficacité dans certaines formes de la maladie.

Le travail d’éducation par rapport aux infections, que nous avons l’habitude de réaliser auprès des patients lorsque nous initions une biothérapie, concerne plutôt les infections pulmonaires bactériennes mais le Covid-19 a des caractéristiques bien différentes. Dans l’attente de la vaccination Covid-19, il faut rappeler qu’il sera très important de se faire vacciner sous peu contre la grippe saisonnière, comme tous les ans, mais encore plus en une période où deux épidémies virales vont cohabiter.

Date : 02/10/2020

« RIC et Covid-19 : pas de surrisque mais la prudence s’impose ! » Interview du Dr Didier Poivret, rhumatologue au CHR de Metz-Thionville

À l’heure où de nombreuses incertitudes demeurent et où il est encore trop tôt pour avoir un réel recul sur l’épidémie de Covid-19, nous avons souhaité faire le point sur la situation avec le Docteur Didier Poivret, rhumatologue au CHR de Metz-Thionville.

Les patients atteints de rhumatismes inflammatoires chroniques (RIC) ont-ils été plus ou moins touchés par le Covid-19 que la population générale ?

Les premières publications actuelles sont rassurantes puisqu’elles montrent qu’il n’y a pas d’augmentation du risque de contagion par le Covid-19 en cas de RIC lorsque celui-ci est bien maitrisé, en rémission. Par contre, les patients ayant un rhumatisme inflammatoire évolutif semblent plus à risque car leur maladie fatigue l’organisme, qui devient plus sensible à tous types d’infections, y compris au Covid-19.

C’est la raison pour laquelle, malgré le contexte épidémique, il est recommandé de poursuivre les traitements de fond (méthotrexate et biothérapies) et la corticothérapie, afin de maintenir la rémission ou stabiliser le rhumatisme. Jusqu’ici, les études ne montrent aucune augmentation du risque de contagion pour les patients prenant ces traitements.

Qu’en est-il des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) ?

Les AINS sont un traitement symptomatique de la polyarthrite et non un traitement de fond. Il est possible de les poursuivre mais à la plus petite dose efficace possible car en cas de contamination par le coronavirus, les AINS sont un facteur d’aggravation, ils sont contre-indiqués en cas de Covid-19.

En l’absence d’infection et en cas de nécessité de poursuivre les AINS pour stabiliser le rhumatisme, il vaut mieux opter pour des AINS à demi-vie courte (tels que le kétoprofène ou le naproxène) afin qu’ils soient très rapidement éliminés de l’organisme en cas d’arrêt pour cause de contagion au coronavirus. Les patients sous AINS peuvent consulter leur médecin généraliste pour changer de molécule si besoin. Ces patients doivent être encore plus vigilants et respecter strictement les gestes barrières.

En cas de contagion par le virus SARS-CoV-2, les patients atteints de RIC souffrant de comorbidités (maladies associées) sont-ils plus à risque de développer une forme sévère ?

Les données actuelles, bien que partielles, indiquent que le rhumatisme inflammatoire bien contrôlé n’est pas un facteur de risque du Covid-19, ni de forme sévère du Covid en cas de contamination. Les facteurs de risque de développer une forme sévère sont l’âge, le diabète, l’obésité, l’hypertension, le tabagisme… Nous ne disposons pas encore de données officielles mais il est très probable qu’en cas de problème cardiovasculaire ou pulmonaire associé au RIC, le Covid-19 soit plus difficile à traiter.

Plusieurs traitements des RIC sont testés dans les études cliniques pour traiter le Covid-19. Peut-on en déduire que ces traitements pourraient avoir un effet protecteur ?

L’hydroxychloroquine (Plaquénil®), utilisée pour traiter le lupus et certaines polyarthrites rhumatoïdes, n’a pas d’effet préventif ni curatif du Covid-19. Cela dit, les patients sous Plaquénil® doivent le poursuivre pour traiter leur RIC.

D’après de récentes études, certaines biothérapies utilisées dans les RIC semblent montrer un intérêt pour traiter “l’orage cytokinique” qui fait la gravité du Covid-19. Cela reste toutefois à confirmer par d’autres études. En revanche, aucun élément ne permet de dire aujourd’hui que ces biothérapies auraient un effet protecteur des formes sévères de Covid. Il en est de même pour les corticoïdes qui sont préconisés dans les formes graves de Covid-19, mais dont aucun effet protecteur n’a été démontré à ce jour.

Depuis le déconfinement, vos patients reviennent-ils en consultation ? Comment vont-ils ?

La plupart des patients reviennent mais certains hésitent encore, surtout à l’hôpital mais aussi en cabinet. Certains patients ont arrêté d’eux-mêmes leur méthotrexate ou leur biothérapie par peur du Covid-19 car on leur a expliqué au départ que leur traitement diminuait les défenses immunitaires et qu’il fallait l’arrêter en cas d’infection (grippe, angine…). En deux ou trois mois d’arrêt, leur polyarthrite n’a le plus souvent pas eu le temps de “flamber” mais si le traitement était efficace avant l’arrêt, il faut le reprendre dès que possible aux doses habituelles, après accord du médecin, afin d’éviter une poussée qui fragiliserait l’organisme. Les patients qui ont arrêté leur traitement ne doivent pas hésiter à en parler à leur rhumatologue, nous sommes là pour les aider, pas pour les juger.

Le confinement a-t-il eu des effets délétères sur leur santé ?

Dans mon expérience personnelle, ce sont les personnes âgées de 80 ans ou plus qui ont le plus souffert du confinement, elles ont eu peur, elles ont parfois perdu du poids et décrivent des pertes de mémoire, d’autonomie, elles comprennent moins bien les choses. Le contact humain joue beaucoup chez les personnes âgées, pour leur permettre de garder leurs capacités intellectuelles. D’autres patients plus jeunes ont aussi été angoissés mais ils récupèrent, c’est plus compliqué avec l’avancée en âge. Certains ne veulent plus prendre les transports en commun, ce qui complique la vie quotidienne…

Aujourd’hui, alors qu’une seconde vague de l’épidémie est redoutée, quels conseils pourriez-vous donner à nos adhérents ?

Je dirais qu’il faut respecter 3 règles d’or :

. Poursuivre son traitement de fond, aux doses habituelles, pour éviter une poussée et donc une hausse du risque de contagion.

. Voir son médecin traitant ou son rhumatologue en cas de poussée ou autre problème de santé.

. Respecter scrupuleusement les gestes barrières qui sont très efficaces pour ne pas être contaminé par le virus et pour freiner sa circulation dans la population, en particulier : porter un masque, respecter une distance physique d’au moins un mètre avec les autres, se laver les mains régulièrement au savon ou avec du gel hydroalcoolique.

Les masques FFP1 ou FFP2 ne diminuent pas la capacité respiratoire et protègent efficacement. S’il est vrai que le virus SARS-CoV-2 est bien plus petit que les mailles de ces masques, il ne les traverse pas car il va se coller sur la paroi qui, par un effet électrostatique, est en quelque sorte un “capteur de virus”.  C’est la raison pour laquelle, une fois le masque placé, il ne faut absolument plus le toucher. Il faut ensuite l’enlever par les élastiques.

Portez-vous bien et restez prudents !

Pour plus d’informations sur les masques : Le Monde – Trois idées fausses sur les masques et la lutte contre la pandémie de Covid-19, Adrien Sénécat, 17/07/20

Date : 29/07/20

Comment faire face à une maladie chronique pendant le confinement ?
Quelles sont les recommandations pour les personnes atteintes d’un rhumatisme inflammatoire chronique ?
Les rhumatismes inflammatoires chroniques ne constituent pas à priori un facteur de risque de forme sévère. Cependant ils sont fréquemment associés à des co-morbidités (pathologies associées à la maladie ou à ses traitements). Aussi le HCSP (Haut Conseil de la Santé Publique) rapporte qu’« en l’absence de données dans la littérature, en raison d’un risque présumé de COVID-19 grave compte-tenu des données connues pour les autres infections respiratoires, sont considérées à risque de COVID-19 grave les personnes avec une immunodépression acquise médicamenteuse : chimiothérapie anticancéreuse, traitement immunosuppresseur, biothérapie et/ou corticothérapie à dose immunosuppressive… ».

De même, la SFR (Société Française de Rhumatologie) recommande aux malades de « restreindre drastiquement leurs interactions sociales et de reporter les soins non-urgents afin d’éviter les sorties et les salles d’attente ».

Néanmoins, elle considère que « L’arrêt de votre traitement risque d’entrainer une rechute de la maladie qui vous fragiliserait face à l’infection, a fortiori alors que nous ne connaissons pas aujourd’hui la durée de la période à risque d’exposition à l’infection COVID-19 ». Elle préconise donc de poursuivre le traitement de son rhumatisme inflammatoire chronique.

Sauf en cas de signe d’infection, je n’arrête pas le traitement de fond de mon rhumatisme inflammatoire chronique, que ce soit :

  • une biothérapie injectable,
  • un inhibiteur de JAK (Xeljanz®, Olumiant®),
  • un traitement de fond synthétique (méthotrexate, Salazopyrine®, Arava®, Plaquénil®),
  • un corticoïde au long cours, qu’il soit prescrit pour mon rhumatisme inflammatoire et/ou pour de l’asthme ou une BPCO : l’arrêt brutal des corticoïdes peut entraîner une exacerbation des symptômes, voire une insuffisance corticosurrénalienne aigüe.

Attention : les AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens) peuvent favoriser les formes sévères d’infection Covid-19 avec pneumonie grave, aussi je les remplace dans la mesure du possible par du paracétamol. Je prends des AINS uniquement si le contrôle de ma maladie rhumatologique le nécessite.

Si je suis traité à l’hôpital par perfusion intraveineuse d’Orencia® (abatacept) ou de RoActemra® (tocilizumab), je peux prendre contact avec mon rhumatologue pour évaluer avec lui la possibilité de passer aux injections sous-cutanées de ces molécules, afin de poursuivre mon traitement à domicile.

 

En cas de douleur, je prends du paracétamol (Doliprane®) en respectant strictement la posologie recommandée chez l’adulte et l’enfant de plus de 15 ans pesant plus de 50 kg : au maximum 1 gramme (1 000 mg) par prise, au maximum 3 grammes par jour sans avis médical, 4 grammes par jour avec avis médical, avec un intervalle de 4 à 6 heures entre les prises. Les personnes pesant moins de 50 kg ou qui souffrent d’alcoolisme chronique, de dénutrition, d’insuffisance rénale grave ou d’hépatite virale doivent rester vigilantes quant à la prise de paracétamol et ne doivent pas dépasser 3 g par jour.

Attention : comme précisé sur les boîtes, le dépassement de cette posologie expose à des dommages graves et irréversibles pour le foie.

Sources :

Date : 01/04/20